Le blog de michel koppera

Philip ROTH, "Portnoy et son complexe" (1967)

Portnoy-et-son-complexe

Titre original "Portnoy's complaint", traduit de l'américain par Henri Robillot

Collection Folio n° 470, 372 pages

Pour un extrait de l'ouvrage, j'avais le choix, tant le récit est riche en anecdotes et enseignements. Finalement, je me suis arrêté sur un morceau d'anthologie où nombre d'entre vous reconnaîtront sans doute des moments de leur adolescence. Un conseil : si vous ne l'avais pas encore fait, lisez "Portnoy et son complexe".

page 31 et suivantes : La branlette

" Vint ensuite l'adolescence - la moitié de mon existence à l'état de veille passée portnoy2enfermée dans la salle de bains à expédier mon foutre soit dans la cuvette des toilettes des cabinets soit au milieu des affaires sales dans le panier à linge, soit, projeté de bas en haut contre la glace de l'armoire à pharmacie devant laquelle je me tenais planté, caleçon baissé, pour voir à quoi ça ressemblait à la sortie. Ou alors, j'étais courbé en deux sur mon poing transformé en piston, les paupières étroitement closes mais la bouche grande ouverte, pour recevoir cette sauce gluante à base de chlore et de petit lait sur ma langue et les dents - encore qu'assez souvent, dans mon aveuglement et mon extase, je récoltais tout dans ma houppe savamment ondulée comme une giclée de lait capillaire. Au milieu d'un univers de mouchoirs empesés, de kleenex chiffonnés et de pyjamas tachés, je manipulais mon pénis nu et gonflé dans la crainte éternelle de voir mon ignominie découverte par quelqu'un qui me surprendrait à l'instant même où je déchargeais. Néanmoins, j'étais totalement incapable de ne pas me tripoter la bite une fois qu'elle s'était mise à me grimper le long du ventre. En plein milieu d'un cours, je levais la main pour obtenir la permission de sortir, me ruais le long du couloir jusqu'aux lavabos et, en dix ou quinze furieux coups de poignet, déflaquais debout dans un urinoir. À la séance de cinéma du samedi après-midi, je laissais mes copains pour aller jusqu'au distributeur de bonbons et grimpais m'astiquer sur un lointaisn siège de balcon, lâchant ma semence dans l'enveloppe vide d'une barre de chocolat... Un jour, au cours d'une sortie de notre association familiale, j'évidai le cœur d'une pomme, vis avec surprise (et avec l'aide de mon obsession) à quoi elle ressemblait et courus dans le bois pour me jeter à plat ventre sur l'orifice du fruit, feignant de croire que le trou farineux et frais se trouvait en réalité entre les jambes de cette créature mythique qui m'appelait toujours "mon Grand" quand elle m'adjurait de lui accorder ce qu'aucune fille dans toute l'histoire n'avait jamais obtenu. "Oh, mets-le-moi, mon Grand", s'écriait la pomme creuse que je baisais frénétiquement le jour de ce pique-nique. "Mon Grand, mon Grand, oh donne-moi tout", implorait la bouteille de lait vide que je gardais cachée dans notre réduit à poubelle au sous-sol pour la rendre folle après l'école avec ma trique vaselinée. "Viens, mon Grand", hurlait le moceau de foie délirant que dans ma propre aberration j'achetai un après-midi chez le boucher et que, croyez-le ou non, je violai derrière un panneau d'affichage, en route pour une leçon préparatoire au bar mitzwah."

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Mer 11 sep 2019 Aucun commentaire