lectures x

Lundi 13 août 2012 1 13 /08 /Août /2012 11:21

Françoise REY, Métamorphoses (Editions Blanche, 2005)

Une série de courts récits où Françoise Rey nous entraîne et nous égare parfois dans les méandres des fantasmes féminins.

Voici un extrait du texte « Relookage » où Emma la narratrice écrit des lettres désespérées à son amant qui l’a abandonnée après lui avoir reproché d’être trop coincée. Devant son miroir, Emma s’est prise en photo dans des tenues sexy et dans des poses obscènes à l’intention de son amant.

 meta-f-rey3

"Jeudi 21

Mon amour,

meta-f-reyJe voudrais que tu apprécies toutes les nuances de la photo. Toutes. Autant de compromissions, d’abdications de ma part. Autant d’offrandes. Les chaussettes blanches ? Oui, je saurai être la petite fille que tu aimes. Les chaussettes noires ? Je serai la pute quand tu voudras, au même instant s’il le faut. Les bas fumés ? Bourgeoise affolée… le sol abrupt, le fond glauque ? Tu me prendras comme un sale petit voyou dans une zone portuaire qui sent le mazout et la mare croupie. Regarde bien mes mains, ce qu’elles t’octroient, où elles te guident. Je te livrerai mon cul aussi, pas à la sauvette, comme avant. Non. Somptueusement, à pleins doigts, je l’ouvrirai pour toi comme on ouvre un fruit juteux, je t’appellerai, tu ne pourras pas résister, un désir fou enflera ta pine vers moi, je resterai ainsi à me tendre, mes fesses te donneront la fièvre, tu les écraseras sous tes coups de boutoir féroce. Je m’entraîne, devant la glace,  à des poses de plus en plus terribles. Emma a basculé de l’autre côté du miroir. L’œil de l’appareil, rond, noir, a fixé mon trou du cul avec un mimétisme troublant. « Réfléchis ! Réfléchis ! » Je sentais son coup d’œil glacé me poignarder entre les fesses, et je m’écartais de plus belle."

meta-f-rey-2meta-f-rey4

Par michel koppera - Publié dans : lectures x - Communauté : Arts érotiques
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 8 août 2012 3 08 /08 /Août /2012 13:57

Jerry RUBIN, « Do it », éditions Seuil, collection Combats, 1970

do-it

À la fin des années 60, Jerry Rubin était aux USA un des leaders du mouvement Yippie. La graphie de Amérike avec un "k" fait évidemment directement référence au Ku-Klux-Klan, et plus généralement à l'Amérique WASP ( White Anglo-Saxon Protestant )

En plus de la photo de couverture du livre, quelques illustrations intérieures dont la photo d'un happening au cours d'un gala de sénateurs libéraux à l'hôtel Hilton de New-York en 1968 : Sharon Krebs fait irruption dans la salle, entièrement nue et  porteuse d'un plateau avec une tête de cochon. Observez les réactions de l'assistance et plus particulièrement celle de la femme brune BCBG, en robe stricte, absolument scandalisée mais qui nous montre sa culotte de coton blanc !

do-it-2

Chapitre 14 : Ne fais jamais confiance au plus de 40 ans ( page 96)

Les Amérikains sont puritains. L’Amérike a peur du sexe. L’Amérike est une prison sexuelle, et les hommes qui y sont enfermés croient avoir besoin de jouer les surmâles ; ils croient que faire montre de tendresse, c’est de la faiblesse. On enseigne aux femmes que s’affirmer soi-même, ça n’est pas féminin. Et les marines vont au Vietnam, et ils se font botter le cul par les femmes vietkong.

do-it-1

Chapitre 20 : J’encule Dieu ( page 111)

Comment peut-on séparer politique et sexualité ? Ça forme un TOUT.

RÉALITÉ POLITICO-SEXUELLE : le corps nu est immoral pour la religion chrétienne ; il est donc illégal pour la bourgeoisie amérikaine. La nudité, c’est de l « exhibitionnisme ». « Baiser » est un mot sale parce qu’il faut être nu pour baiser. Et que c’est la fête.

Quand nous commençons à jouer avec nos « parties honteuses », nos parents gueulent : » Ne fais pas ça ! » Une mère qui dit à son gosse de « ne pas faire ça » est une criminelle.

On nous habitue à croire que ce que nous chions a une sale odeur. On nous apprend à avoir honte de l’acte auquel nous devons d’être au monde. Si on aime baiser, on nous dit qu’on devrait se sentir coupables.

Le puritanisme nous mène au Vietnam. Notre inquiétude sexuelle nous entraîne à affirmer à tout prix notre virilité, et c’est l’impérialisme. La politique amérikaine, surtout ou Vietnam, n’a de sens que si on la considère sous l’angle sexuel. L’Amérike a un pénis insatisfait qu’elle essaie vainement de fourrer dans le vagin étroit du Vietnam, et cela pour montrer qu’elle est le Mec.

do-it-3do-it-4

Par michel koppera - Publié dans : lectures x - Communauté : Arts érotiques
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 24 juillet 2012 2 24 /07 /Juil /2012 10:00

Germaine BEAUMONT ( 1890-1983), « Silsauve » (1951)

silsauve

Chapitre 23 :  Hiver de fin de XIXème siècle, première nuit de Richard Lorédan, marié et riche héritier insouciant d’une manufacture rouennaise, aux côtés de Rapha, sa nouvelle maîtresse dans une chambre d’hôtel du Havre..

silsauve-1«  Il y eut un moment, très tard, où, tandis qu’ils gisaient épuisés mais non dépris, quelqu’un promena une lumière sur la place, à moins qu’une fenêtre proche s’ouvrant violemment n’éclairât par ricochet les vitrages de guipure entre les rideaux bleus. Un reflet vaguement doré courut sur les longues jambes, le flanc mince, le torse renversé de Rapha. Son visage rejeté en arrière et caché par son bras demeurait illisible. À demi soulevé, Richard vit ce corps, et sut, par une certitude physique en dehors de toute raison et même de tout choix délibéré, qu’il le lui faudrait toujours, nu ou vêtu, présent ou absent ; que le reste n’existait plus, qu’il était arrivé à ce port que cherche inconsciemment tout être humain, d’aventure en aventure, mourant trop souvent avant de l’avoir trouvé. Le reste n’existait plus. Le reste ne serait plus que jeux, passades, rébellions futiles, et remords vains. La vérité était là. Elle était dans la hanche immobile, mais dont il percevait l’admirable frémissement musculaire ; dans le sein au relief léger, dans le bras rejeté en arrière par une victorieuse défaite. Bien mieux, une prescience l’avertit que la révélation de lui-même ne se ferait que par cette femme, qu’elle était peut-être sa réalisation, comme un grand poème écrit déjà, une symphonie géniale déjà composée, un tableau de maître achevé. Pourtant il ne savait rien d’elle, rien, et il n’était pas libre. Le reflet d’or trembla et mourut. Richard saisit ce corps aux beautés encore perceptibles et le ramena violemment vers lui… »

silsauve-paul emile becat nr06

Commentaire (critique ?) : Silsauve est le premier ouvrage de Germaine Beaumont que j’aie jamais lu, et sera sans doute le dernier. Outre la maigreur de l’intrigue (suite à la mort de sa grand-mère maternelle qui l’avait élevée dans un monde d’innocence, la petite Silsauve se retrouve dans les griffes de sa grand-mère paternelle qui lui préfère sa sœur cadette…)  le très long roman ( 700 pages) décrit une fin de siècle rigide et compassé où règne une bourgeoisie de province avare et tyrannique sur des domestiques aux ordres et débordants de bons sentiments. L’écriture de Germaine Beaumont se veut précise et méticuleuse, jusque dans les moindres détails… Ecriture que je qualifierais de maniériste. La lecture nécessite d’avoir un dictionnaire à portée de main et beaucoup de patience en réserve. 

Par michel koppera - Publié dans : lectures x - Communauté : Arts érotiques
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 3 juillet 2012 2 03 /07 /Juil /2012 07:22

Sophie Langelot au curé de Saint-Paul

Eté 1879

Sophie Langelot n’est que le pseudonyme féminin d’un homme. Si quelqu’un peut me donner de plus amples informations sur cet auteur, qu’il n’hésite pas à nous faire part de ses lumières.

s-langelot1

Quoi ! lâche suppôt de l'autel !
Tu fis de l'église un bordel ;
Ainsi donc métamorphosée,
Tu vainquis mon âme abusée :
Changeant les ordres du destin,
De moi, tu fis une putain.

Te souviens-tu, monstre infernal,s-langelot3
De ce moment triste et fatal,
Où, succombant à tes caresses,
Je me laissai prendre les fesses,
Et que cédant trop à ta loi,
Mon con tout neuf s'ouvrit pour toi ?

Hélas ! pour prix de tant d'amour,
Ah ! quel affreux triste séjour !
Ainsi donc tu payes l'hommage
Que je te fis d'un pucelage !
Moi, de l'art de foutre entichée,
Je n'ai plus qu'un godemiché !

Ton vit cruel, affreux, ingrat,
A-t-il oublié ce combat ?
Quoi ! moi, d'une religieuse,
Je vais être la manieuse* ?
Quels affreux supplices divers !
Ah ! c'est le tourment des enfers.s-langelot2

Mais je vais renaître au bonheur ;
J'ai le vit de mon directeur.
C'est un brave fouteur de nonne,
Qui n'a jamais raté personne :
Me branlant, je dis à part moi,
Maudit soit tout curé et toi.

* la maquerelle

Par michel koppera - Publié dans : lectures x - Communauté : Arts érotiques
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Jeudi 7 juin 2012 4 07 /06 /Juin /2012 07:20

Une Liaison par Chitra Banerjee DIVAKARUNI, in Balades indiennes, Editions France Loisirs, 2004

une-liaison-2

«  Le couple en ce moment sur l’écran ne portait pas de vêtements de couturier. En fait, ils ne portaient pas de vêtements du tout, et quand le choc de la surprise fut passé, je me rendis compte que j’avais allumé la chaîne à laquelle Ashok (son mari) s’était abonné le mois dernier et qu’il regardait, en dépit du fait que je quittais ostensiblement la pièce chaque fois qu’il la mettait (ou peut-être parce qu’il la mettait), presque tous les soirs.une-liaison-4

Le visage en feu, j’éteignis la télé ( …) À mi-chemin sur l’escalier, je m’arrêtai. Je restai là un instant à écouter la pendule sur le mur puis redescendis, et le cœur battant, allumai de nouveau la télévision. Je ne savais pas clairement pourquoi je faisais cela. Peut-être voulais-je seulement essayer de comprendre, sans être inhibée par sa présence, ce qu’Ashok aimait dans ces spectacles. Ou peut-être était-ce autre chose.

Le couple marchait sur le bord d’une piscine maintenait, le corps droit, dégagé, la lumière de l’eau miroitant sur leur peau nue. La femme plongea et l’homme la suivit (…) Leurs bouches et leurs mains explorèrent les courbes et les creux du corps de l’autre avec un plaisir franc qui était très différent des mouvements maladroits et furtifs dans l’obscurité de notre chambre à coucher. Quand les lèvres de l’homme se refermèrent autour du rose soutenu du mamelon de la femme, j’observai avec attention. Une part de moi était surprise de ne sentir aucune honte m’envahir comme c’était habituellement le cas. Peut-être que le tourbillon flou et bleu de l’eau dans laquelle ils se balançaient, suspendus, donnait à l’acte une douceur, un sentiment d’irréalité. Ou que la honte est quelque chose que l’on ressent seulement quand quelqu’un d’autre vous regarde regarder. Quand la tête de l’homme s’abaissa jusqu’à la demi-lune du nombril de la femme, et plus bas encore, je serrai les poings et me penchai en avant. Mes ongles s’enfoncèrent dans mes paumes, avec force, comme ceux que la femme enfonçait dans les épaules de l’homme. Et quand son corps, secoué de frissons, se cabra, mon corps lui aussi frissonna à l’unisson (…)

une-liaison-1

Cette nuit-là, je rêvai d’un homme et d’une femme sous l’eau. Je compris immédiatement que ce n’était pas le couple du film. Ils passaient leurs mains le long du corps l’un de l’autre avec une hâte fiévreuse, leurs muscles tendus comme si c’était la première fois qu’il se trouvaient ensemble. Quand le bleu tourbillonnant s’éclaircit et que l’homme finit par lever sa bouche du sombre carré de poils féminins fins et ondulants comme des algues, je reconnus Ashok.

Je le tirai vers le haut, le tirai puis le pressai contre mes hanches. Nous jouîmes ensemble, mes jambes enroulées autour de lui, l’enserrant, des bulles éclatant en fragments de cristal autour de nous. Puis mon propre visage, comme cela arrive dans les rêves, m’apparut. Il était renversé d’extase, la bouche ouverte en un cri triomphant et silencieux, les cheveux déployés autour de la tête, noirs et emmêlés tels ceux d’une ménade… Mais ce n’était pas mon visage. C’était celui de Mina ( sa meilleure amie qu’elle soupçonne d’être la maîtresse de son mari

une-liaison-3

Par michel koppera - Publié dans : lectures x - Communauté : Arts érotiques
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 27 avril 2012 5 27 /04 /Avr /2012 08:20

Michael CONNELY, Darling Lilly ( Seuil Policiers, 2003)

Le polar mêle prostitution sur le net (via un site d’escort girls) et haute technologie (informatique moléculaire)… L’ensemble est assez palpitant, bien construit, même si on n’y croit qu’à moitié..

Chapitre 12, page 108.

- Allez, viens t’asseoir

Elle gagna le canapé et lui fit signe de s’asseoir à côté d’elle. Il s’exécuta.(…)

- Ce que tu vois te plaît ? demanda-t-elle.

Il était à peu près certain que c’était la fille de la photo affichée sur le web, mais ne pouvait en  être sûr à cent pour cent dans la mesure où il ne l’avait pas regardée aussi longtemps et souvent que celle de Lilly. Robin était pieds nus et portait un débardeur bleu clair et un short en velours rouge si haut remonté sur les fesses qu’un maillot de bain eût été plus pudique. Elle n’avait pas de soutien-gorge et ses seins – avec implants, sans doute – étaient énormes. Grosses comme les biscuits ronds que vendent les girl-scouts aux fêtes de charité, ses aréoles se dessinaient très clairement sous son T-shirt. Cheveux blonds avec raie au milieu dégringolant en cascades de bouclettes de part et d’autre de son visage. Pas de maquillage visible.

- Oui, j’aime bien, répondit-il.

connelly-1

Chapitre 35, pages 307-308

connelly-2Nicole lui passa les bras autour du cou, l’attira contre elle et l’embrassa. IL la fit tourner sur elle-même, la poussa doucement vers le lit et l’y assit. Puis il s’agenouilla devant elle, lui écarta les genoux et s’avança. Et s’avança encore, ils s’embrassèrent à nouveau. Plus longuement et plus fort cette fois. Il eut l’impression qu’une éternité s’était écoulée depuis que ses lèvres avaient senti le contour des siennes.

Il posa les mains sur ses hanches et l’attira vers lui. Sans douceur. Bientôt elle lui prit la nuque d’une main et commença à lui déboutonner sa chemise de l’autre. Tous deux se débattirent avec les vêtements de l’autre jusqu’au moment où ils se séparèrent pour se déshabiller tout seuls. Sans en rien dire ils savaient bien que ça irait plus vite.

Ils accélèrent l’allure. Il ôta sa chemise, elle fit la grimace en découvrant les bleus qu’il avait à la poitrine et au flanc. Elle se pencha en avant et l’embrassa aux deux endroits. Et lorsqu’ils furent nus l’un et l’autre, ils s’étendirent sur le lit en une étreinte pleine de désir et de tendresse nostalgique. Il comprit qu’elle n’avait pas cessé de lui manquer – son intelligence et la texture émotionnelle de leurs relations surtout, mais aussi son corps. Il n’avait qu’une envie : la toucher et goûter.

Il enfouit son visage entre ses seins et lentement descendit plus bas, son nez sur sa peau, ses dents bientôt serrées sur l’anneau d’or qu’elle avait au nombril, à le mordiller doucement. Plus bas encore. Elle avait rejeté la tête en arrière, gorge exposée, vulnérable. Les yeux fermés, elle comprimait les lèvres du dos de la main, la phalange d’un doigt entre les dents.connelly-3-martino twins

Lorsque l’un et l’autre furent prêts, il se redressa contre elle, lui prit la main et la posa sur son sexe pour qu’elle le guide. Ils procédaient toujours ainsi, c’était leur routine. Elle bougeait lentement, lentement elle le prit en elle, ses jambes remontant le long de ses flancs pour se refermer dans son dos. Il ouvrit les yeux pour regarder son visage… connelly-4

Par michel koppera - Publié dans : lectures x - Communauté : Arts érotiques
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 19 avril 2012 4 19 /04 /Avr /2012 10:17

Marguerite DURAS, « L’amant », Editions de Minuit, 1984

Je n’ai pas choisi un passage où la narratrice se donne à son amant chinois, mais un autre moins connu, au pensionnat, où Marguerite est secrètement amoureuse d’une de ses camarades de pensionnat, Hélène Lagonelle, qui a 17 ans. Il y a beaucoup d’émotion, d’admiration et de sensualité dans ce passage. La langue de Duras est magnifique, et prend toute sa saveur lorsqu'elle est lue à voix haute : c'est un poème en prose.

duras2-timothy hon hung lee

Saïgon, sur les bords du Mékong, vers 1930

«  Je reviens près d’Hélène Lagonelle. Elle est allongée sur un banc et elle pleure parce qu’elle croit que je duras3vais quitter le pensionnat. Je m’assieds sur le banc. Je suis exténuée par la beauté du corps d’Hélène Lagonelle allongée contre le mien. Ce corps est sublime, libre sous la robe, à portée de la main. Les seins comme je n’en ai jamais vus. Je ne les ai jamais touchés. Elle est impudique, Hélène Lagonelle, elle ne se rend pas compte, elle se promène toute nue dans les dortoirs. Ce qu’il y a de plus beau de toutes les choses données par Dieu, c’est ce corps d’Hélène Lagonelle, incomparable, cet équilibre entre la stature et la façon dont ce corps porte les seins, en dehors de lui, comme des choses séparées. Rien n’est plus extraordinaire que cette rotondité extérieure des seins portés, cette extériorité tendue vers les mains. Même le corps de petit coolie de mon petit frère disparaît face à cette splendeur. (…) Elle vient des hauts plateaux de Dalat, Hélène Lagonelle. Son père est un fonctionnaire des postes. Elle est arrivée en pleine année scolaire, il y a peu de temps. Elle a peur, elle se met à côté de vous, elle reste là à rien dire, souvent à pleurer. Elle a le teint rose et brun de la montagne, on le reconnaît toujours ici où tous les enfants ont la pâleur verdâtre de l’anémie, de la chaleur torride. Hélène Lagonelle ne va pas au lycée. Elle ne sait pas aller à l’école, Hélène L. Elle n’apprend pas, elle ne retient pas. Elle fréquente les cours primaires de la pension mais ça ne sert à rien. Elle pleure contre mon corps, et je caresse ses cheveux, ses mains, je lui dis que je resterai avec elle au pensionnat. Elle ne sait pas qu’elle est très belle, Hélène L. (…)

Le corps d’Hélène Lagonelle est lourd, encore innocent, la douceur de sa peau est telle, celle de certains fruits, elle est au bord de ne pas être perçue, illusoire un  peu, c’est trop. Hélène Lagonelle donne envie de la tuer, elle fait se lever le songe merveilleux de la mettre à mort de ses propres mains. Ces formes de fleur de farine, elle les porte sans savoir aucun, elle les montre ces choses pour les mains les pétrir, pour la bouche les manger, sans les retenir, sans connaissance d’elles, sans connaissance non plus de leur fabuleux pouvoir. Je voudrais manger les seins d’Hélène Lagonelle comme lui ( l’amant) mange les seins de moi dans la chambre de la ville chinoise où je vais chaque soir approfondir la connaissance de Dieu. Être dévorée de ces seins de fleur de farine que sont les siens.

Je suis exténuée du désir d’Hélène Lagonelle.

Je suis exténuée de désir.

Je veux emmener avec moi Hélène Lagonelle, là où chaque soir, les yeux clos, je me fais donner la jouissance qui fait crier. Je voudrais donner Hélène Lagonelle à cet homme qui fait ça sur moi pour qu’il le fasse à son tour sur elle. Ceci en ma présence, qu’elle le fasse selon mon désir, qu’elle se donne là où moi je me donne. Ce serait par le détour du corps de Hélène Lagonelle que la jouissance m’arriverait de lui, alors définitive.

De quoi en mourir. »

duras1duras4

Par michel koppera - Publié dans : lectures x - Communauté : Arts érotiques
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 5 avril 2012 4 05 /04 /Avr /2012 18:27

cantel2-enlacees-Courbet Sleep

Volupté

Poème de Henri Cantel (1825-1878). Il publia en 1869, à 50 exemplaires,  un recueil de poèmes intitulé « Amours et Priapées ». Parmi ces poèmes, figuraient 7 sonnets lesbiens dont « Volupté »

Léona l'entoura de ses jambes, baisa
Ses yeux, sa chevelure et sa langue vermeille. cantel1
La vierge, dont le cœur en souriant s'éveille,
À ces souffles de feu par degrés s'embrasa.


Suçant les boutons durs de sa gorge pointue,
La louve sur son corps promenait tous ses doigts;
On eût dit qu'elle avait vingt lèvres à la fois...
Aline se pâmait à ce jeu qui la tue.


- " Ouvre ta cuisse blanche et ronde, mon enfant;
Ton clitoris, blotti dans sa toison dorée,
Veut les tendres fureurs d'un baiser triomphant ! "


Ivre de volupté, mais non désaltérée,
Léona savourant son virginal trésor,
À la coupe d'amour, le soir, buvait encor.

cantel3cantel4

Par michel koppera - Publié dans : lectures x - Communauté : Arts érotiques
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 10 mars 2012 6 10 /03 /Mars /2012 08:27

Dominique SYLVAIN, Passage du Désir, ( Editions Viviane Hamy, février 2004 )

polar2

Extrait du chapitre 20

« Tout devint noir. Un rideau de flammes explosa au fond de la scène, au même moment la voix d’une chanteuse noire américaine scotcha l’audience à son siège.

You can’t love nobody

Unless you love yourself

Don’t take it out on me babe

I’m not the enemy

Elle arriva, galbée dans un fourreau rouge, sa très longue chevelure rousse cascadant sur ses épaules. Grande, musclée, des seins d’une belle fierté, des hanches épanouies, des jambes racées.

Are you the man I love

The man I know loves me ?

Come on talk to me boy

I’m not the enemy. *

- Waouh, souffla Maxime.

Et le strip-tease commença. Classique, sans table dancing, sans barre en inox. Une affaire solide. Une histoire ancestrale. Personne ne pipait mot, ne bougeait un cil. La flamboyante enleva son fourreau, ses bas, son string, ne garda que ses chaussures à talons de plexiglas. Et elle se mit à onduler, se mit à ployer, sinuer, insinuer. À succomber, flancher, revenir. Abandon. Générosité. Les flammes qui brûlaient au fond de la scène chamarraient son corps. Un corps à l’incroyable tatouage dorsal qui partait du cou pour conquérir la croupe et représentait une geisha batifolant avec des carpes joueuses. »

* extrait de « I’m not the enemy » ( Lina)

 polar

Ce que j’en pense: Difficile d’accrocher dans ce polar qui se veut littéraire et se révèle poussif. On a du mal à croire aux protagonistes de cette histoire alambiquée, et tout particulièrement au personnage principal (une certaine Lola Jost, commissaire de police boulotte, en rupture de ban, retraitée de fraîche date et portée sur la bonne bouffe, le pinard et les citations d’auteurs…) Mais tout le monde ne peut pas être Maigret !

polar3-ismael alvarez

Par michel koppera - Publié dans : lectures x - Communauté : Arts érotiques
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 18 février 2012 6 18 /02 /Fév /2012 10:39

Tropique du Cancer, Editions Denoël, Paris, 1945

hmiller-cancer2

Extrait n° 1. Chapitre 1. Pages 23-24

« O Tania, où sont maintenant ton sexe brûlant, tes épaisses, tes lourdes jarretières, tes douces cuisses si dodues ? J’ai un os de six pouces dans la queue. J’aplatirai tous les plis de ton vagin, Tania, et le remplirai de semence ! Je te renverrai à ton Sylvestre, le ventre douloureux et la matrice sens dessus dessous. Ton Sylvestre ! Oui, il sait bien allumer un feu, mais moi, je sais comment enflammer un sexe ! Je te rive des boulons brûlants dans le ventre, Tania ! Je porte tes ovaires à l’incandescence. Ton Sylvestre est un peu jaloux maintenant ? Il sent quelque chose, n’est-ce pas ? Il sent les traces de ma belle queue. J’ai un peu élargi les rives, j’ai repassé les rides. Après moi, tu peux bien prendre des étalons, des taureaux, des béliers, des cygnes, des saint-bernards. Tu peux te fourrer des crapauds, des chauves-souris, des lézards jusqu’au fond du rectum. Tu peux chier des arpèges si tu veux, ou t’accrocher une cithare en travers du nombril. Je t’encule, Tania, tant et si bien que tu resteras enculée ! Et si tu as peur d’être enfilée publiquement, je t’enfilerai dans le privé. Je t’arracherai quelques poils du con, et je les collerai au menton de Boris. Je te mordrai le clitoris, et je cracherai des pièces de quarante sous… »

hmiller-cancerhmiller-cancer3

Par michel koppera - Publié dans : lectures x - Communauté : Arts érotiques
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Avril 2025
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30        
<< < > >>

Archives

Créer un blog sexy sur Erog la plateforme des blogs sexe - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés