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Mardi 26 mars 2024 2 26 /03 /Mars /2024 08:00

Dans le roman "La négresse rousse" de Calixthe Belaya (voir article du 19 mars) l'histoire est racontée du point de vue de Mégrita, jeune fille aux cheveux roux, qui observe le comportement des villageois. 

Ainsi page 258, voici qu'une rumeur se répand concernant le Chef du village, déjà marié à Ngomo, une matronne imposante :

" On murmurait que bientôt il y aurait une nouvelle épouse, une espèce de saucisson noire et velue au corps long et maigre. Étranges, les hommes, plus ça vieillit, plus ça recherche des désirs compliqués pour arriver au plaisir."

Pour une fois, ne voulant offenser personne, je ne vous proposerai pas d'illustration pour accompagner cette citation. À chacun de vous se faire une image mentale correspondant à ce qu'en dit l'auteure : "une espèce de saucisson noire et velue au corps long et maigre"


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Mardi 19 mars 2024 2 19 /03 /Mars /2024 08:00

"La négresse rousse" est un roman de Calixthe Belaya paru en  1989 aux Éditions Belfond sous le titre "Seul le diable le savait", puis en 1997 en édition de poche J'ai lu (n°4601) sous le titre "La négresse rousse" (310 pages)

Dans le petit village de Wuel, à l'ouest du Cameroun, vit Mégrita (dite Mégri), une adolescente aux cheveux roux entourée de Dame maman (sa mère) et de ses deux pères (l'un appelé "le Pygmée", l'autre "le bon Blanc"). L'arrivée dans le village d'un homme inconnu aux étranges pouvoirs de divination, appelé "l'Étranger", va bouleverser l'ordre social établi.

Extrait pages 96-97 : Mégri est tombée sous le charme de l'Étranger qui l'entraîne dans sa case

" Je voulais l'Étranger. La nécessité de la possession amoureuse s'empara de moi.

Vertige, le contact de sa peau me saisissait. J'aurais voulu écarter, anéantir d'un coup de rasoir tout ce qui m'éloignait de sa peau : boubou, pantalon, slip. L'arracher à toutes ces pelures.

Sans grande hâte mais sans perdre de temps, l'avidité griffue dans les mains, je l'entraînai vers le lit, le regard crispé et raidi sous la tension du désir charnel. Bretelles, agrafes, fermetures, tristesses, angoisses, étoffes, toutes ces interférences furent balayées par les larmes violentes du désir.

Il m'embrassa les joues, les lèvres. Sa langue à la saveur de mangue et de tabac me fait défaillir. Lentement, ses lèvres descendent, dessinent des arabesques sur mes seins, sur mon ventre. Encouragé par mon trouble, il saisit mes jambes, l'une après l'autre, les porte sur ses épaules et s'enfonce en moi. Le contact de son membre dans ma chair m'arrache un léger cri. Honteux mais souriant, il me demande s'il m'a fait mal. Comment lui expliquer ce désir d'une intensité incommensurable qui me prend jusqu'à la douleur et dont l'effet persiste alors qu'il se trouve comblé ? Lentement, il m'éduque, il me disloque, il me réinvente. Sur nos corps, la sueur. De l'index, il déplace une goutte, sourit. Nos hanches s'épousent, s'élèvent, synchroniséees, langoureuses, flottantes comme pour arrêter l'espace et le temps. Le temps qui s'efface. L'espace aussi. La proximité du plaisir accélère nos mouvements, encense la nuit d'un doux bruissement de voix qui, bientôt, débouche sur une plage de cris et de râles. Il s'écroule sur moi tel un chêne abattu. Saisie des braises de merveille, je ferme les yeux pour relire des moments déjà perdus, presque invisibles. La lampe des souvenirs s'éclaire. Je comprends enfin qu'avant, avec Erwing (son petit ami d'enfance), c'était un jeu. Une petite fille babillait des niaiseries à un Prince immatériel en lançant gauchement vers le ciel des mots d'amour.

J'étais demeurée intacte dans l'attente du roi, celui qui dispense le salut. Allongé à mes côtés, l'Étranger a la beauté d'un statue, les muscles saillants et durs.

negresse rousse

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Vendredi 8 mars 2024 5 08 /03 /Mars /2024 08:00

"L'affaire Léon Sadorski" est un roman policier de Romain Slocombe paru en 2016 aux Éditions Robert Laffont, puis dans la collection Policier Points n° P4640 (476 pages)

Ce roman est le premier d'une série en 5 volumes qui suivent les agissements de Léon Sadorski, inspecteur spécial des RG chargé des "questions juives" dans Paris occupé. La saga couvre la période avril 1942-août 1944. Ce roman a reçu le Prix Polar libr'à nous

Extrait page 396 : Sadorski qui est marié à Yvette dont il est follement amoureux vient de se rendre compte que sa femme l'a trompé avec un officier allemand. 

" Ils (les Allemands) sont les plus forts. Nous rampons devant eux. Nous léchons leurs bottes, leur ouvrons notre cul, quémandons leurs faveurs tout liquéfiés de trouille dès qu'ils se mettent à gueuler. Ils gueulent presque toujours, du reste. Hurlent leurs ordres, Schnell, schnell, Schweinen Französichen ! Plus vite, plus vite, cochons de Français ! Crachez votre fric, pissez le sang, cédez-nous vos filles ! Cholies Françaises... Cholie lingerie... Sardoski sanglote en se rappelant son Yvette. Yvette, Yvette... Comment as-tu pu faire cela ? Permettre à ce nazi blond de te souiller, d'éjaculer son foutre germanique entre tes cuisses... Laisser la queue boche s'introduire dans la chair douce qui est, ou était, mon domaine, mon territoire... Mon refuge sacré, à moi ton Léon, ton biquet d'amour, ton petit mari, ton poulet affectionné... Sardoski pleure en répétant tout haut les sobriquets ridicules et touchants qui sont sa joie, ses secrets... qui étaient leur joie, leurs secrets. Il y avait aussi les petits jeux...Yvette le grondant, sur ordre : "Je t'interdis de jouir... Petit garnement, je t'interdis de jouir !..." Et le canon du pistolet braqué sur sa tempe... les poignets liés... l'urine de femme – l'averse bienfaisante, la pluie d'or – aspergeant son visage... Bon Dieu, en a-t-elle parlé à Albers ? "Mon mari est un peu spécial... si tu savais ce qu'il me demande..." Les paroles, les rites... Quelle honte ! Mais comment serait-il possible que tout cela n'existe plus ? Que cette intimté soit violée, annihilée, foulée sous les talons du vainqueur, du conquérant ?... C'est trop ignoble, trop insupportable..."

sadvorski

Pour accompagner cet extrait, je vous ai choisi un dessin d'époque, anonyme, sans doute réalisé par un amateur allemand, qui illustre bien les relations dominant-dominé (occupant-occupé) entre les deux communautés.  

Par michel koppera - Publié dans : lectures x - Communauté : Fantasmes et écriture
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Mardi 5 mars 2024 2 05 /03 /Mars /2024 08:00

"Love.Baba" est un roman (187 pages) de Macha Méryl paru en 2000 aux Éditions Albin Michel

Ce récit nous conte l'errance parisienne de Barbara Baron, 50 ans, ancienne championne de natation, plaquée par son compagnon et ruinée, qui découvre la galère des petits boulots et de la déchéance sociale. Mais, sans pathos : l'histoire est résolument optimiste. Pas de scène de sexe à proprement parler, sauf :

Extrait page 36. Il fait nuit. Barbara est garée devant un bar.

" La porte vient de s'ouvrir. Un couple sort, un grand Noir et une jeune mulâtre. Elle porte un tablier de forgeron. Ils s'approchent de l'arbre près duquel je me suis garée, ils ne m'ont pas vue. Ils s'embrassent, se caressent, nom d'une pipe ils vont faire l'amour ! Je me tapis sur mon siège, dans l'ombre, et j'observe toute la scène. De l'angle où je suis, je ne vois plus leurs visages. Elle est adossée à l'arbre, elle remonte une jambe, je vois leurs fesses et leurs sexes, très près de moi. Je retiens mon souffle pour ne pas bouger. Je regarde avec froideur. Cela n'éveille rien en moi. Les lions et les lionnes qui s'accouplaient au Kenya me faisaient plus d'effet. Je reste sèche. Ma libido est à plat."

Extrait page 115. À propos de l'absence de désir

" Je m'allonge sans me déshabiller, par laisser-aller, et pour éviter mon corps. Je suis en mauvais termes avec lui, il ne m'intéresse pas, il est neutre, absent. Dans les films, on montre les femmes fébriles qui vont se masturber quand elles sont en manque. Emmanuelle Riva dans Hiroshima, mon amour rêvait la main entre les jambes. Alida Valli dans Senso, déchirait les draps de son grand lit à baldaquin. Ava Gardner s'éreintait à cheval dans La Comtesse aux pieds nus. C'est faux, c'est complètement faux. On a du désir quand on est en éveil, quand on pense à des moments vécus avec un homme. Quand on est seule et qu'on déprime, le désir s'estompe. On a un bout de bois à la place du corps."

babalove emmanuelle riva

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Mardi 20 février 2024 2 20 /02 /Fév /2024 08:00

"Femme nue, femme noire" est un court roman de Calixthe Belaya (189 pages) paru en 2003 aux Éditions Albin Michel, puis en Livre de Poche (n° 30310)

Le roman écrit à la première personne raconte l'errance dans une métropole africaine (Congo ?) d'une jeune femme noire nommée Irène, petite délinquante gourmande de sexe.  

Extrait pages 70-71 : Dans une case surchauffée et sale d'un quartier très pauvre, vit Madonne une veuve qui cohabite dans sa "maison" avec ses deux beaux-frères. Ousmane, un ami d'Irène, y est invité:

"– Je te présente mes deux beaux-frères ! On vit ensemble depuis la mort de mon mari. Veux-tu boire quelque chose ?

Il (Ousmane) réclama un verre d'eau. Il aurait pu demander n'importe quoi d'autre, parce que le destin s'obstinait à lui refuser l'essentiel : la joie d'être père.

S'il ne vit pas le  moment où Madonne se déshabilla, il la vit nue, à quatre pattes. Ses longues mamelles touchaient le sol ; ses cuisses cellulitées tremblotaient ; son ventre boursouflé de graisse ballottait dans le vide. Elle semblait trouver évidente cette position obscène. Les deux beaux-frères caressaient cet amas de viande à l'aveuglette : " Ah, maman ! Gentille maman !" Ils écartaient ses fesses, offraient à tout regard indiscret une vision panoramique de son gigantesque pubis. Son clitoris  était accroché au centre tel un fruit solitaire. Elle avait les poils si longs qu'on aurait pu les tresser. Ils beuglaient en la fourrageant, soumis à cette frénésie folle que procurent les femmes monstrueusement perverties par un physique spécial. Ils la pénétraient à tour de rôle avec une violence inouïe. Sous leurs assauts, elle gémissait telle une ânesse prise par les douleurs de l'enfantement. Par moments, épuisée mais comblée par ces deux pilons, elle s'écroulait. Ils attrapaient ses hanches pour l'escalader et mieux la faire recevoir cette force. Puis, se souvenant de la présence d'Ousmane, ils l'interpellèrent :

– Viens donc t'amuser avec nous !"

calixthe belaya


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Vendredi 9 février 2024 5 09 /02 /Fév /2024 08:00

"Lignes de faille" de Nancy Houston est un magnifique roman paru en 2006, édité en France aux éditions Acte Sud. Il est disponible en collection de poche Babel n°841 ( 483 pages)

Extrait pages 363-365. 1962, Sadie a 7 ans, elle habite à New-York avec Kristina, sa maman qui est chanteuse sous le nom de Erra et son beau-père qui est aussi son impresario. Un jour où son beau-père est absent, sa mère reçoit la visite inattendue d'un inconnu. Elle envoie Sadie dans sa chambre. Par le trou de la serrure, la gamine regarde ce qui se passe dans le salon :

" C'est comme une pièce de théâtre. Maman et l'inconnu restent encore un moment sans bouger, sans parler, puis maman s'avance vers lui à pas lents comme une somnambule et il lui ouvre ses bras et elle se jette dedans, l'inconnu blond referme les bras sur ma mère et l'écrase contre sa poitrine en sanglotant. Maman commence à pleurer elle aussi, et puis elle se met à rire en même temps. Ce qui me perturbe plus que tout, c'est qu'elle s'adresse à ce monsieur dans une langue étrangère. Ça pourrait être le yiddish ou l'allemand, ils se parlent par bribes tout en pleurant et en riant, ils respirent fort et se regardent au fond des yeux.

Ça dure un bon moment et pendant tout ce temps, dans la rue derrière moi, la neige continue de tomber. La main de maman remonte pour caresser la pommette de l'homme blond et elle dit une chose qui ressemble à "Mon Yanek, mon Yanek", mais au lieu de dire mon elle dit mein, et lui aussi murmure son nom à elle – son vrai nom, pas Erra – sauf que dans cette langue qu'ils parlent ça sonne différemment, ça ressemble à "Kristinka". Il tire sur le bout de sa ceinture qui est une corde orange, le nœud se défait et il ouvre lentement sa robe de chambre, dénudant ses seins, et l'embrasse sur le cou, la tête de maman se renverse en arrière il l'embrasse à la base du cou et je n'arrive pas à détacher mes yeux de la scène, elle lui dit des mots dans cette langue qu'ils partagent et qui m'exclut et maintenant, tout en embrassant l'homme sur la bouche, elle défait les boutons de sa chemise, il met les deux mains autour de sa tête de Petit Prince, et elle remue les épaules et sa robe de chambre tombe par terre. Maintenant, ma mère est totalement nue avec cet inconnu qui est toujours habillé. Elle va ouvrir le canapé-lit (le même lit qu'elle partage toutes les nuits avec papa) et pendant ce temps l'homme se déshabille avec des gestes lents, après quoi il est nu lui aussi et je vois son truc qui est debout et se balance.

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Il se met à genoux sur le lit et à mon horreur ma mère se met à genoux devant lui et prend ça dans sa bouche, ce qui me donne la nausée alors je m'éloigne un moment de la porte, le cœur battant fort, et essaie de me calmer en regardant les flocons de neige qui flottent dehors dans l'auréole des lampadaires, et quand au bout d'un long moment je m'agenouille à nouveau ma mère a tourné le dos à l'inconnu, il lui tient les mains serrées derrière le dos comme pour la menotter et pendant ce temps il entre et sort de son corps par derrière comme Hilare (le chien de son grand-père) avec le caniche nain sauf que ses mouvements sont plus lents et au lieu de gémir il lui dit des mots étrangers à voix basse. Ma mère se cambre et j'entends un son inouï lui sortir de la gorge, tout ça est totalement insupportable alors j'allume la lumière et me mets au lit en tremblant de tout mon corps."

Illustration signée loïc Dubigeon


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Mardi 6 février 2024 2 06 /02 /Fév /2024 08:00

Il m'arrive d'acheter des livres d'occasion. Ce fut le cas pour le roman de Nancy Houston, "Lignes de faille". Des mois plus tard, quelle ne fut pas ma surprise au moment de le lire, de découvrir sur les pages de garde, une double dédicace que voici :

dédicace n houston

Je l'ai lue et relue, cherchant à en percer le mystère

Les lieux : Fafie et Potipora ? Après des recherches sur le net, j'en suis arrivé à la conclusion qu'il s'agissait sans doute de deux entreprises implantées aux Pays-Bas. Les deux femmes dont il est question dans la dédicace se seraient connues dans le cadre de ces entreprises ?

Les dates : 13 janvier 2014, 13 janvier 2015 ? Un an jour pour jour. 2014, leur rencontre, "ce jour, ce soir subtil" de leur première nuit ? 2015, un premier bilan et l'achat de ce livre ?

L'auteure : une femme lesbienne qui commet quelques fautes d'accord et de temps, mais qui a une très belle écriture. Elle est amoureuse... Le champ lexical de l'amour (2 occurrences) est riche (enlacées, ensemble, connexions suprêmes, reliées, tendresse, je t'aime...) sans oublier les étoiles qui constellent les pages et le petit cœur final comme un ballon qui s'élève vers le ciel/

La référence au roman de Nancy Houston, "au delà de nos failles", dont je pense que l'auteure de la dédicace a fait cadeau à sa compagne. Sans oublier des passages plus inquiétants comme "avec nos mots et nos maux" ou la métaphore du fil invisible qui les unit et les rapproche : fil des mots, fil des jours, reliées, connexions... 


 

 

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Mardi 23 janvier 2024 2 23 /01 /Jan /2024 08:00

"Dormir ensemble" de Hervé Brunetière paru en 2004 aux Editions L'escarbille (collection feux follets) est un merveilleux petit ouvrage de 58 pages sur le thème de la jalousie

En voici l'incipit :

"Comme j'insiste, elle me fait le récit suivant :

Bon, puisque tu veux le savoir, on a dormi une nuit ensemble, Ronan et moi, mais il ne s'est rien passé entre nous. Il était triste et m'a demandé de dormir avec moi. Au début, j'ai dit non. Ensuite, j'ai dit : Oui, à condition que tu ne me touches pas. Il me l'a promis et on a dormi comme ça, l'un à côté de l'autre.

C'est fini. Son court récit est fini. Elle n'a rien d'autre à dire de cette nuit-là. Elle est déjà ailleurs. Or, ce récit et la nuit dont il parle sont les deux événements qui m'occupent le plus depuis deux ans."

Extrait page 27 : " Je ne suis pas jaloux. Si il y a une chose dont je suis sûr, c'est celle-là. Si il y a des mots que je peux prononcer en toute sincérité, en étant éveillé, ce sont eux : je ne suis pas jaloux. Si il y a un sentiment, un seul, dont je suis certain, c'est celui-là, c'est le sentiment de non-jalousie. Il me fait peur. Est-il homme, celui qui n'est pas jaloux?

Extrait page 29 :  "Ils ont dormi tous les deux à côté toute cette longue nuit. Ils étaient si proches. L'odeur du corps de l'homme, l'odeur du sexe de l'homme, ses odeurs à lui se mélangent, même sans se toucher, les odeurs des corps se mélangent, à l'odeur de son corps de femme, l'odeur de son sexe de femme, ses odeurs à elle. Dans la tiédeur ou la chaleur des draps, leurs odeurs se mêlent, s'arrangent entre elles, construisent une nouvelle odeur, une odeur unique, inoubliable, l'odeur de cette nuit. L'odeur de cette nuit à eux qui est la mémoire de cette nuit à laquelle je n'aurais jamais accès.

C'est une nuit de juin, je crois."

dormir-ensemble

Extrait page 37: " Elle se réveille et il y a ce corps neuf en encore inexploré. Il y a ce torse, cette peau, cette présence du corps, ce sexe, ce sexe d'homme qu'elle aime tant prendre avec sa main, et baiser avec sa bouche et mettre en elle. Toute cette machinerie du corps qui ne demande qu'à se mettre en mouvement – juste ! – pour le bonheur d'une heure une nuit un printemps deux corps. Quels comptes rendre de cela ? À qui ? Pourquoi ?

Alors, elle se réveille et c'est sa main qui va vers lui."

Paragraphe final, page 58 : " Elle m'a donné ce récit. En échange de quoi ? Je lui donne en retour ma jalousie. Cette jalousie toute neuve, qui n'a jamais servi à une autre, dont j'ignorais qu'elle soit possible, que j'écartais de moi, je lui donne."

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Vendredi 5 janvier 2024 5 05 /01 /Jan /2024 08:00

"La danseuse", court roman (96 pages) de Patrick Modiano paru en 2023 aux Editions Gallimard (nrf)

Comme souvent chez Modiano, on navigue à vue dans un passé à la fois vague et d'une grande précision dans les détails. On évoque ici la vie d'une femme dont on sait juste qu'elle était danseuse professionnelle. Nous sommes à Paris et dans ses environs...

Extrait page 52 : 

– Il fait froid ici, vous ne trouvez pas ? nous demanda Pola Hubersen.

– Oui, un peu froid, dit la danseuse.

– Ils ont coupé le chauffage, depuis hier. Nous serons mieux dans ma chambre.

Elle nous précédait le long d'un couloir. La danseuse m'avait pris la main, comme pour m'entraîner sur un chemin qu'elle connaissait déjà.

La chambre était de la même dimension que le salon qui donnait sur la rue, mais il n'y avait qu'une seule fenêtre derrière les rideaux rouges. Une petite lampe était posée au bord de la table de nuit encombrée de livres. Elle s'allongea du côté de la table de nuit et nous invita à suivre son exemple. La danseuse se trouvait entre Pola Hubersen et moi. Le lit était étroit. Pola Hubersen éteignait la lampe et se rapprochait de nous. Il ne restait qu'un rai de lumière qui venait du couloir, par la porte entrouverte.

Extrait pages 58-59 :

"Il était dix heures du matin et il neigeait de nouveau. Une neige légère, presque des gouttes de pluie. Elle avait froid et elle sentait des points douloureux dans tout son corps. Il fallait "dénouer les nœuds", comme disait Kniaseff. Alors, elle décida de se rendre chez Pola Hubersen. Elle était la seule à pouvoir la soulager. Elle s'allongeait sur le lit, Pola Hubersen la caressait, et ses doigts s'arrêtaient aux bons endroits, avec une précision d'acupuncteur. Ses lèvres effleuraient les siennes, et leur contact, sur son corps, était encore plus doux que ses doigts. Peu à peu, les nœuds se dénouaient sans qu'elle éprouve la souffrance qui était la sienne au début des cours de danse. Il lui arrivait de manquer un cours et de se retrouver au lit avec elle. Alors, elle se laissait aller au fil de l'eau en fermant les yeux. (...)

danseuse

Elle entra dans l'immeuble du début de la rue Quentin-Bauchart. Pola Hubersen se levait très tard et peut-être n'était-elle pas encore réveillée.  Elle traversa le vestibule, et quand elle fut entrée dans le salon, elle remarqua un manteau d'homme sur le grand canapé. Pola Hubersen était sûrement en compagnie de quelqu'un dans sa chambre et elle ne voulait pas la surprendre. Cet appartement donnait l'impression d'être exigu : le vestibule, le salon sur la rue et le long couloir qui menait à la chambre. Mais une petite porte qui se confondait avec le mur, de l'autre côté, donnait accès à une enfilade de pièces le long d'un autre couloir, des pièces dont la plupart étaient vides, ou simplement meublées de divans très bas. Elle prit ce chemin-là, ouvrit la dernière porte à droite et se retrouva dans la grande salle de bains contiguë à la chambre de Pola Hubersen. La lumière était allumée, la porte grande ouverte sur la chambre.

Elle se déshabilla et enfila un peignoir, l'un de ceux qu'elle portait  toujours après un spectacle et qu'elle avait oublié là. Elle entra dans la chambre. Un homme était allongé sur le lit, qu'elle reconnut aussitôt et avec qui elle avait répété un duo au studio Wacker, un certain Georges Starass. En dansant avec lui, elle avait eu une sensation qu'elle n'avait jamais ressentie avec aucun de ses partenaires, comme si ce contact était plus intime qu'un simple exercice, au point qu'elle avait voulu le prolonger.

Maintenant, ils étaient seuls tous les deux dans la chambre, et au bout de quelques instants elle avait de nouveau cette sensation, comme l'autre jour au studio Wacker, de danser avec lui à la même cadence, en parfaite harmonie... Et bientôt des éclats de plus en plus forts se succédaient à des intervalles de plus en plus courts. Chaque fois, elle éprouvait un vertige qui s'amplifiait à l'infini."


 

  

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Mardi 5 décembre 2023 2 05 /12 /Déc /2023 08:00

"Demain j'aurai vingt ans" est un roman de 382 pages paru en 2010 à la NRF, Éditions Gallimard.

Comme son titre le suggère, ce récit raconte daans les années 1970 l'adolescence du narrateur, Michel (Alain Mabanckou ?) à Pointe-Noire, capitale économique du Congo.

Extrait pages 338-339 : Le jeune Michel assiste "clandestinement" à un récital du célèbre chanteur congolais Papa Wemba. Par un petit trou percé dans un mur, il observe les danseurs enlacés sur la piste de danse.

" Des couples dansent très collés et très serrés. Ils bougent d'un bout à l'autre de la piste. Quand ils dansent en face de moi, je les vois. Mais quand ils vont à gauche ou à droite je ne les vois plus, même si je tourne bien l'œil comme un caméléon. Parfois il y a des couples qui me gênent parce qu'ils dansent trop près de mon œil. Le derrière de la femme est tellement énorme qu'on dirait que c'est un deuxième mur qui est en face de moi. Je dois trouver un long fil de fer et piquer le gros derrière de cette femme qui m'empêche de bien voir Papa Wemba. D'un autre côté, je ne veux pas le piquer parce que ce derrière en question bouge au rythme de la musique et ça me donne envie de danser. Lorsque le batteur frappe très fort son instrument, le derrière de la femme rebondit comme une graine de maïs dans une poêle avec de l'huile chaude. Et moi j'ai envie de rigoler, je ne savais pas qu'on pouvait danser comme une graine de maïs jetée dans une huile brûlante. Il y a un homme au fond là-bas qui serre trop fort une femme en jupe très courte. Il a mis sa tête au milieu des seins de cette femme et a fermé les yeux on dirait un bébé qui a fini de boire son biberon et qui dort profondément. Chaque fois que la femme respire, la tête de l'homme bouge au rythme de la musique et je me mets moi aussi à danser, à imaginer que c'est moi qui ai posé ma tête entre les seins de cette femme en jupe très courte, que j'ai fermé les yeux et que je dors profondément sur la poitrine de cette femme comme un bébé qui a fini de boire son biberon. Or cette femme-là peut être ma mère, donc il ne faut pas que je pense à des choses de ce genre. Je dois plutôt imaginer que cette femme-là est une fille de mon âge. Alors je pense à la poitrine de Caroline. mais Caroline n'a pas encore des seins comme ceux de cette femme, elle les aura peut-être de cette taille-là quand elle aura vingt ans."

demain 20 ans


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